Approche de la Guerre |
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À une autre fois, ils mirent brûler pour un coup, en même feu, quatre cent soixante hommes tout vifs, les quatre cents du commun peuple, les soixante des principaux seigneurs d’une province, prisonniers de guerre simplement. Nous tenons d’eux-mêmes ces narrations, car ils ne les avouent pas seulement, ils s’en vantent et les prêchent. Serait-ce pour témoignage de leur justice ? ou zèle envers la religion ? Certes, ce sont voies trop diverses et ennemies d’une si sainte fin. S’ils se fussent proposé d’étendre notre foi, ils eussent considéré que ce n’est pas en possession de terres qu’elle s’amplifie, mais en possession d’hommes, et se fussent trop contentés des meurtres que la nécessité de la guerre apporte, sans y mêler indifféremment une boucherie, comme sur des bêtes sauvages, universelle, autant que le fer et le feu y ont pu atteindre, n’en ayant conservé par leur dessein qu’autant qu’ils en ont voulu faire de misérables esclaves pour l’ouvrage et service de leurs minières ; si que plusieurs des chefs ont été punis à mort, sur les lieux de leur conquête, par ordonnance des rois de Castille, justement offensés de l’horreur de leurs déportements et quasi tous déestimés et mal-voulus. Dieu a méritoirement permis que ces grands pillages se soient absorbés par la mer en les transportant, ou par les guerres intestines de quoi ils se sont entremangés entre eux, et la plupart s’enterrèrent sur les lieux, sans aucun fruit de leur victoire. Montaigne, Essais, III, 6 [1588] La guerre a pour elle l’antiquité ; elle a été dans tous les siècles ; on l’a toujours vue remplir le monde de veuves et d’orphelins, épuiser les familles d’héritiers, et faire périr les frères à une même bataille. Jeune Soyecourt ! je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà mûr, pénétrant, élevé sociable; je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t’enlève à une cour où tu n’as fait que te montrer: malheur déplorable, mais ordinaire ! De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu’on appelle l’art militaire ; ils ont attaché à la pratique de ces règles la gloire, ou la plus solide réputation ; et ils ont depuis enchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. De l’injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs droits et leurs prétentions. Si, content du sien, on eût pu s’abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté. La Bruy?re, Les Caractères, 1688 Alors ce
fut effrayant. Victor Hugo, Les Misérables, 1862
René Guy CADOU, Pleine Poitrine, 1946 |
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